Open source, digital commons and sovereignty: levers for the public sector

by OUTSCALE

Lors d’OUTSCALE EXPERIENCES 2026, Julie Ripa, codirectrice de La Suite numérique à la Direction interministérielle du numérique (DINUM), Florian Caringi, Deputy Head of Data & Open Source, président d’OW2 et vice-président de Tosit au sein du groupe BPCE, ainsi que Léo Unbekandt, cofondateur et directeur technique de Scalingo, ont abordé le rôle de l’open source et des communs numériques dans la souveraineté numérique, en particulier dans le secteur public.

L’open source et les communs numériques occupent une place croissante dans les stratégies de souveraineté numérique du secteur public. Ils permettent notamment aux administrations de mieux maîtriser leurs dépendances technologiques, de favoriser la réversibilité et de mutualiser leurs investissements numériques. Ils permettent notamment aux administrations de mieux maîtriser leurs dépendances technologiques, de favoriser la réversibilité et de mutualiser leurs investissements numériques.. Leur efficacité dépend toutefois de conditions précises : une gouvernance ouverte, une communauté active, des compétences disponibles et un financement durable.

Comprendre l’open source et les communs numériques

L’open source comme modèle de collaboration

L’open source désigne du code distribué sous une licence qui autorise son utilisation et, selon les conditions prévues, sa modification et sa redistribution. Cette approche repose sur plusieurs principes structurants : la transparence, la collaboration et la capacité à développer et innover collectivement.

Dans un environnement open source, la valeur ne réside donc pas uniquement dans le code. Elle dépend également des communautés qui le maintiennent, des organisations qui le font évoluer et des acteurs capables de l’intégrer dans des environnements opérationnels.

L’open source constitue ainsi une base technologique partagée. Il permet à plusieurs entreprises, administrations et contributeurs de travailler sur des briques communes, parfois dans une logique de coopération et parfois dans une logique de compétition entre fournisseurs de services.

Les communs numériques reposent sur une gouvernance

Un commun numérique est une ressource numérique gérée collectivement par un groupe qui définit ses propres règles. Cette ressource peut prendre différentes formes : données, code, spécifications ou contenus.

Wikipédia et Linux illustrent cette logique. Toutefois, publier un logiciel sous une licence open source ne suffit pas à créer un commun numérique. Le facteur déterminant réside dans la communauté et dans la gouvernance organisée autour de la ressource.

Un projet devient un commun lorsque plusieurs acteurs peuvent contribuer à sa maintenance, participer à ses décisions et assurer sa continuité. La gouvernance doit donc préciser les modalités de contribution, de validation des évolutions et de financement du projet.

La souveraineté numérique comme autonomie stratégique

Maîtriser ses dépendances technologiques

La souveraineté numérique ne signifie pas qu’une organisation doit produire seule l’ensemble des composants matériels et logiciels qu’elle utilise. Une telle approche serait difficilement réaliste, car aucune organisation ne maîtrise l’intégralité de la chaîne numérique, du matériel au logiciel.

Elle correspond plutôt à une capacité de maîtrise et d’arbitrage. Une organisation souveraine doit pouvoir :

  • identifier ses dépendances technologiques et organisationnelles ;
  • maîtriser ses données et choisir ses outils ;
  • changer de prestataire lorsque cela devient nécessaire ;
  • limiter sa dépendance à un fournisseur unique ;
  • maintenir une capacité de réaction face aux risques liés à ses fournisseurs et à ses technologies.

Cette approche peut être qualifiée d’autonomie stratégique. Elle consiste à choisir ses dépendances, à mesurer leur impact et à construire des solutions de résilience adaptées à son activité.

L’open source comme levier de résilience

L’open source contribue à cette autonomie en réduisant le risque de dépendance à un acteur unique. Une technologie ouverte peut être maintenue, intégrée ou adaptée par plusieurs acteurs, à condition qu’un écosystème suffisamment solide existe autour du projet.

Cette pluralité facilite la réversibilité. Une organisation peut s’appuyer sur différents intégrateurs, prestataires ou équipes internes pour exploiter une même technologie. Elle dispose alors de davantage de marges de manœuvre en cas de changement tarifaire, de modification de licence, d’arrêt du produit ou de désaccord stratégique avec son fournisseur.

La réversibilité dépend également des choix d’architecture. Des API ouvertes, des logiciels ouverts et des technologies largement adoptées facilitent le déplacement d’une solution vers un autre environnement.

Les stratégies du secteur public

La doctrine « public money, public code »

Dans le secteur public, l’ouverture du code répond à une logique de réutilisation des investissements collectifs. La doctrine « public money, public code » considère que le code financé par l’impôt doit pouvoir être réutilisé par d’autres administrations, entreprises ou citoyens.

Cette approche poursuit plusieurs objectifs. Elle améliore la transparence de l’action publique, facilite le contrôle du code et crée des possibilités de mutualisation entre administrations. Elle favorise également l’innovation en permettant à différents acteurs de réutiliser et d’adapter les développements existants.

La Suite numérique illustre cette orientation. Cet ensemble d’outils collaboratifs destiné aux agents publics est développé en open source et opéré par la DINUM. Son hébergement peut être assuré sur des Clouds souverains, notamment chez OUTSCALE en SecNumCloud ou sur des infrastructures ministérielles.

Mutualiser les développements à l’échelle européenne

L’ouverture du code facilite la collaboration entre administrations de plusieurs pays. Des outils développés pour répondre à un besoin public peuvent être réutilisés dans d’autres contextes nationaux, puis enrichis par de nouvelles contributions.

Cette coopération permet de regrouper les forces autour de problématiques communes, de mutualiser les développements et de réduire les coûts associés à la création de solutions similaires. Elle participe également à l’émergence d’alternatives européennes face aux grandes plateformes technologiques.

La publication du code représente toutefois une première étape. Pour qu’une solution publique devienne un commun numérique durable, elle doit attirer des entreprises privées, d’autres administrations et des contributeurs issus de plusieurs pays.

Construire une communauté durable

Une gouvernance ouverte et inclusive

La pérennité d’un commun numérique dépend de la diversité et de l’engagement de son écosystème. Une solution qui reste entièrement dépendante d’une seule administration ou d’une seule entreprise conserve une fragilité structurelle, même lorsque son code est ouvert.

La gouvernance doit donc organiser la participation des différents acteurs. Elle doit notamment encadrer la validation des contributions, la priorisation des évolutions, la résolution des désaccords et la maintenance des composants essentiels.

Les fondations et les associations peuvent jouer un rôle important dans cette organisation. Une fondation à gouvernance ouverte permet de réunir des éditeurs, des intégrateurs, des utilisateurs et des acteurs publics autour de règles communes. Une association peut également faciliter le partage de bonnes pratiques, le codéveloppement et le cofinancement.

Coopération et compétition dans un même écosystème

Un commun numérique peut réunir des entreprises concurrentes qui contribuent à une même brique technologique. Cette logique de coopétition permet à chaque acteur de développer ses propres services tout en améliorant une infrastructure logicielle commune.

PostgreSQL constitue un exemple de technologie autour de laquelle plusieurs entreprises peuvent proposer des services, des intégrations ou des offres de support. La concurrence entre ces acteurs contribue à renforcer la technologie sous-jacente et à multiplier les possibilités pour les utilisateurs.

La communauté dépasse alors la proposition initiale du projet. Elle transforme une solution open source en ressource largement adoptée, maintenue et exploitable par plusieurs organisations.

Évaluer les risques liés à l’open source

Distinguer open source, source ouverte et open core

Le terme open source peut recouvrir des réalités différentes. Certains éditeurs proposent une version ouverte de leur logiciel tout en réservant les fonctionnalités essentielles à des modules propriétaires. Ce modèle, souvent appelé open core, peut réduire la liberté réelle de l’utilisateur.

Une analyse sérieuse doit donc examiner :

  • la licence applicable au code ;
  • les fonctionnalités accessibles dans la version ouverte ;
  • les conditions d’utilisation commerciale ;
  • la gouvernance du projet ;
  • la diversité des contributeurs ;
  • les modalités de maintenance et de support ;
  • la capacité de la communauté à poursuivre le projet.

Un logiciel peut être accessible publiquement tout en restant fortement dépendant d’une entreprise. La pérennité du projet doit donc être évaluée au même titre que sa licence et ses caractéristiques techniques.

Surveiller la vitalité des projets

L’ouverture du code ne garantit pas la continuité d’un logiciel. Un projet peut être techniquement intéressant, mais dépend d’une équipe très réduite ou d’un nombre limité de contributeurs. Si l’entreprise qui le maintient modifie sa stratégie, abandonne le produit ou change sa licence, les utilisateurs peuvent se retrouver face à un risque opérationnel important.

Les organisations doivent donc analyser la vitalité des communautés, la fréquence des contributions, la diversité des mainteneurs et l’existence d’acteurs capables d’assurer la continuité du projet. Cette démarche s’inscrit dans une gestion plus large des risques liés à la chaîne d’approvisionnement logicielle.

Comprendre les licences et le fork

Une licence s’applique au code à un instant donné. Si le détenteur du projet modifie ultérieurement cette licence, le code déjà publié sous la licence précédente demeure associé aux droits définis à cette date, sous réserve des conditions propres à la licence concernée.

Le fork consiste à créer une nouvelle branche d’un projet à partir d’une version existante, puis à poursuivre son développement selon une trajectoire distincte. Cette possibilité permet à une communauté de continuer à faire évoluer un logiciel lorsque sa gouvernance, sa licence ou son orientation ne correspondent plus à ses besoins.

Un fork n’élimine pas les contraintes juridiques. Le nouveau projet hérite des obligations de la licence du code repris. Certaines licences sont compatibles entre elles, tandis que d’autres imposent des restrictions particulières concernant la redistribution, l’usage commercial ou la recherche.

Les entreprises peuvent s’appuyer sur un Open Source Program Office pour suivre ces sujets dans la durée. Cette fonction aide à structurer l’analyse des licences, la gestion des contributions et la conformité des usages open source.

Sécurité et maintenance des briques critiques

L’analyse automatisée change l’échelle de la cybersécurité

Les outils d’intelligence artificielle capables d’analyser du code peuvent faciliter la détection des vulnérabilités dans les projets open source. Ils réduisent également la barrière à l’entrée pour les développeurs qui souhaitent participer à des projets existants.

Cette évolution augmente toutefois le volume d’anomalies potentielles à traiter. Les projets peuvent recevoir davantage de signalements, de correctifs et de contributions, avec une qualité variable. Les équipes doivent donc renforcer leurs processus de revue, de qualification et de priorisation.

Pour les opérateurs de grandes infrastructures, la multiplication des failles impose des délais de réaction plus courts. La sécurité devient une capacité organisationnelle qui repose sur la surveillance, la coordination et la disponibilité d’équipes capables d’intervenir rapidement.

Financer les composants essentiels

Une grande partie des logiciels propriétaires et des services numériques repose sur des briques open source. La robustesse de ces composants est donc un enjeu collectif pour les administrations, les entreprises et les utilisateurs.

Les organisations qui utilisent ces projets doivent contribuer à leur durabilité. Cette contribution peut prendre plusieurs formes :

Les mécanismes de financement européens dédiés à la maintenance des communs numériques peuvent renforcer cette dynamique. Ils contribuent à soutenir des projets souverains et open source qui disposent d’une utilité collective, mais de ressources limitées.

Créer de la valeur avec l’open source

La valeur se situe aussi dans l’exploitation

L’open source peut soutenir des modèles économiques viables. La valeur commerciale provient souvent des services qui entourent le logiciel : intégration, hébergement, exploitation, support, maintenance, sécurité et mise à l’échelle.

Une entreprise peut ainsi utiliser une technologie open source tout en apportant une expertise opérationnelle spécifique. Elle aide ses clients à déployer le logiciel, à le maintenir en conditions réelles de production et à l’adapter à leurs contraintes.

Cette approche est particulièrement pertinente pour les services managés. Les clients bénéficient d’une technologie ouverte et d’un accompagnement professionnel pour la faire fonctionner dans la durée.

Développer des alternatives européennes

L’open source peut également soutenir la création d’entreprises technologiques européennes. Des plateformes comme Scalingo s’appuient sur des composants open source et proposent des environnements permettant aux clients de tester, déployer et exploiter ces technologies.

Le choix de logiciels ouverts et d’API ouvertes renforce la réversibilité des services proposés. Les clients peuvent conserver une capacité de changement et réduire leur exposition à des interfaces propriétaires.

Cette proposition répond à une attente croissante des organisations publiques et privées qui cherchent à limiter leur dépendance aux grandes plateformes technologiques. Elle associe une technologie ouverte à des compétences d’exploitation, de support et de sécurisation.

Trois priorités pour les organisations

Pour transformer l’open source en levier de souveraineté numérique, les organisations peuvent concentrer leurs efforts sur trois priorités :

  • cartographier les dépendances technologiques, les licences et les acteurs critiques ;
  • contribuer aux projets utilisés par l’organisation, par du code, du financement ou des compétences ;
  • participer à des structures de gouvernance capables d’assurer la continuité et l’évolution des communs numériques.

Cette démarche doit associer les équipes informatiques, juridiques, achats, sécurité et métiers. La souveraineté numérique relève d’une stratégie d’ensemble qui combine architecture, gouvernance, compétences et financement.

Conclusion

L’open source et les communs numériques constituent des leviers essentiels d’autonomie stratégique. Ils facilitent la réversibilité, la mutualisation, la transparence et la diversification des fournisseurs, tout en favorisant l’émergence d’écosystèmes technologiques européens.

Leur efficacité dépend cependant de la capacité des organisations à dépasser la simple consommation de logiciels ouverts. Une souveraineté numérique durable nécessite des communautés actives, une gouvernance inclusive, des compétences locales et un financement régulier. L’open source n’est pas gratuit : il repose sur des contributions, des responsabilités partagées et des investissements capables de garantir la continuité des briques numériques critiques.

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